Accueil Ecrits Roman Denise Foissac

Denise Foissac

Commentaires fermés
0
20

2012, suite

Sans le savoir Thouraya venait de me donner une réponse à des recherches entamées par hasard auprès de Denise Foissac sur l’Histoire du protestantisme à Nègrepelisse. Je crois que c’est en Juin 2011, que Denise démissionne avec fracas de son poste de Présidente de la communauté protestante du Bas Quercy. Cette femme de caractère, qui était en poste depuis des décennies, se voyait signifié à demi-mot, que l’âge étant là, il fallait laisser la place.

Je ne crois pas que cette femme fut une blanche colombe, elle a fait et défait des réputations sans aucun regret. Je trouvais que le procédé utilisé pour lui signifier son départ été un peu trop abrupte, même si la vérité était là, il fallait laisser sa place.  Tout de suite j’ai pensé qu’il fallait la soutenir, on ne pouvait revenir en arrière. Les ergos étaient dehors et trop irrités pour en parler tranquillement. Il fallait d’une façon ou d’une autre la valoriser pour qu’elle digère la pilule. Je la savait éprise d’histoires, je lui propose si elle le souhaitait de me parler du protestantisme. Je sais que c’est toute sa raison de vivre. Malgré la claque qu’elle venait de recevoir, elle reste elle-même, et n’a pas accepté aussi facilement. Je ne suis pas protestante de naissance, comment cette petite nigaude de Nadine pourrait comprendre le protestantisme historique. Il me semble entendre ses pensées. Je lis son amusement dans ses yeux. Elle me fit attendre un an. En guise d’amuse bouche, elle commença par me donner un livret sur l’Edit de Nantes et un livre de Mme Garrison sur Les protestants au XVIè siècle.

La série ne s’arrête pas là, à la suite de cette événement quelle a vécu comme une violence qui lui était faite, en juillet 2012, son fils lui demande de quitter la ferme. La tension était grande dans cette vie qu’elle avait tellement contrôlé. C’est en catastrophe qu’elle intègre une  résidence privée du village. Le choc est énorme pour tous. Je fini par savoir où elle loge, et lui téléphone pour lui rappeler son engagement et la pousse à trouver un moment pour me recevoir pour parler de l’histoire du protestantisme à Négrepelisse.

Elle me reçoit, flattée et toujours aussi acerbe. C’est que la Denise c’est un caractère paysan ! Elle m’annonce que beaucoup de monde souhaite l’entendre sur l’histoire de Nègrepelisse, dont la responsable de la communication de la Mairie et la Directrice du Centre d’Art La Cuisine. Je comprends bien qu’elle est entrain de m’expliquer que je joue petit devant autant de gens aussi cultivés et placés. Autant de mesquineries  me faisaient bien rire. Tout ceci indiquait qu’elle se relevait parfaitement bien de toutes ces disgrâces ressentes.

Notre premier entretien m’appris qu’elle avait été la secrétaire de l’association d’Archélogie de Négrepelisse, dont  Mr Lombrail et Mr Padié avaient été membres. Je n’ai pas trop su pour Mr Soulié. Alors que ce dernier était reconnu comme un grand érudit local, ils étaient fâchés. Je n’aurais donc aucun renseignement de ce côté là, sauf un jour où ce dernier passant dans la première Box RELAIS, rue de l’Eglise eu envie de m’explique que dans cette espace en partage aux temps jadis étaitn en ce même lieu, le four banal. Pour ceux qui ne connaissent pas, le four banal est celui de tout un village, chacun venait y cuire son pain au jour dit, comme l’alambic autrefois. Il existait des fours privés, mais c’était plus rare car il fallait en avoir le droit. Pour la petite histoire, Denise avait dans sa ferme un four à pain, classé.

Quand on aime l’histoire depuis l’enfance et qu’on a autant d’intelligence, on glane un peu partout des objets, des livres qui racontent tout un village ……… Denise ne m’en a rien dit, mais cela ne peut être autrement, sa ferme devait être pleines de ces souvenirs qui n’a de sens que pour ceux qui s’y intéressent.

Denise, fille unique d’une famille de paysans aimait par dessus tout la lecture, elle lisait en gardant les vaches, ou en attisant le foyer, tout était moment de lecture. Elle passe son certificat d’études, et devrait partir comme ses amies pour passer le baccalauréat, mais l’argent manque,  on est juste au début de la guerre, le père sera vite prisonnier, il faut assumer les travaux de la ferme avec une mère fragile et une grand-mère à s’occuper. Denise ne passera pas son bac, et sera soutien de famille, entre les champs, les foins et les animaux, elle n’oubliera pas de lire, lire, et lire encore.

En mars 2013, alors que je présentais le projet Box RELAIS aux adhérents présents de la CGPME de Montauban, je raconte devant un parterre de gens avisés une histoire bien bizarre que m’avait raconté Denise, qui la tenait de sa mère : « Nègrepelisse avait bien changé en 80 ans. Sa mère allait à l’école publique et passait à pied devant le maréchal ferrant qui se trouvait là où il y a la coiffeuse maintenant, où pour les plus anciens, il y avait l’épicerie Rey. A cette époque il n’y avait pas de rue, mais une grande place. Ma mère passait tous les jours devant cet atelier. Elle se souvenait parfaitement de la forge et d’un jeune « gafet » petit,  la morve au nez et les pantalons bien usés, derrière un cheval, tenant le bout du panache de la queue du cheval qu’il tenait dans sa main, chassant, comme pourrait le faire un simplet, les mouches autour de la jument. L’odeur du crottin mêlait à la saleté du lieu, toutes ces demoiselles riaient de ce gamin, qui très vite pris le surnom de « chasse mouches ». Denise fini l’histoire en disant, Mr Frédéric Cayrou écrivit un poème sur lui, Ode à Costes, où il écrit que c’est sans aucun doute de cette rêverie tirée de tous les vols de ces mouches autour de lui, que celui qui fit le premier vol entre Toulouse et les côtes du Maroc pour Latécoère y trouva l’inspiration. Denise termine « les parents n’arrivant pas à canaliser cet enfant turbulant, l’avaient placé chez ce maréchal ferrant pour lui apprendre un métier, Dieudonné Costes, cet aviateur célèbre n’y resta pas très longtemps, son destin étant ailleurs ». A la fin de mon exposé, un personne s’approche et me demande « où avait vous eu cette histoire ? ». Car Dieudonné Costes était mon grand-père et seule la famille connaissait ces détails…..

…..La guerre, un père prisonnier, et des lots de gens sur les routes, les réfugiés en savates usées, les yeux vides, réclamant du pain. Elle se souvenait de la faim des autres, et me racontait qu’un jour le pasteur du village, qui était maigre et le teint blanc, c’était approché d’elle, et lui avait dit: « petite, tu n’aurais pas quelques haricots pour ma soupe ? ». De suite, elle répondit que oui, et alla lui chercher un sac. Et puis, comme si tout était normal, elle rajoute : « un jour on l’a trouvé mort. Comme il était maigre et livide sur son dernier lit ».

L’esprit paysan ………. « pendant la guerre nous avions enterré les fusils sous la crêche des vaches et un sac de blé au fond d’un champs ». Elles étaent trois femmes seules, sans pouvoir compter sur quelqu’un et surtout elles devaient se protéger. Les femmes tirent leurs forces de leurs peurs, ce qui fait qu’elles deviennent souvent des saintes ou des martyrs pour celles qui n’ont pas eu de chance avec le bonheur.

Durant la guerre, il n’y avait pas de femmes protestantes ou de femmes catholiques, nous étions toutes filles ou femmes de prisonniers, de soldats ou en devenir. Nous nous retrouvions toutes les jeunes filles et jeunes gars pour faire du théâtre que nous jouions sous la halle pour le plus grand plaisir des villageois. Les femmes se retrouvaient pour faire les colis pour les hommes partis à la guerre ……..

Cette période fut particulièrement difficile, mais nous étions solidaires. Mon père fut libéré, il est revenu, je ne l’ai pas reconnu, je lui en ai même voulu. J’avais pris des responsabilités, notre monde avait changé, plus rien ne serait comme avant.

A suivre ……….

Denise aime l’occitan, c’est sa langue, sa patrie, elle me fit la joie de m’offrir la copie de quelques textes que vous trouverais en annexe. En voici quelques vers :

Moun Cassé – Mon chêne

Le camin del rei – Le chemin du Roi (1er prix Catégorie Occitan – Prémi Nadal Rey 2002) Je vous livre les derniers vers :

-  Coma una allégoria, un miratgé
-   Qué benleu, del rei, es le panatché,
-  Qué, i a quatre siècles
-  De la libertat era lo présatgé.

Lou labadou – Le lavoir – 2ème Prix – 2000 – Nadal Rey

Négropelisso mon Vilatgé – Négrepelisse Mon village

 

Documents photocopiés transmis par Denise pour compléter nos conversations.

Historique du temple des Carmes de Montauban – Archives ACER Montauban Carmes – Le Fau.

Il est fait mention pour la première fois de l’Ordre Mendiant des Carmes en 1277, qui, sur le site du Tescou, a bâti une chapelle.
Au moment de la Réforme, au XVIème siècle, les moines furent chassés, leurs bâtiments saccagés. Mais ils purent revenir lors de la Contre Réforme : une église et un monastère furent édifiés de 1637 à 1688. L’intendant Nicolas Foucault, grâce à ses largesses, fut le mécène de cette construction et de son aménagement intérieur qui comportant alors une magnifique chaire, aujourd’hui dans l’église Saint Jacques à Montauban. L’architecte fut probablement Campmartin.

L’édit de Tolérance de 1787 donne une existence légale aux protestants. Lors de la vente des biens nationaux en 1791, l’église fut achetée par Lauzzt, négociant protestant à Négrepelisse. Mais le culte réformé n’y sera célébré qu’en 1793, après divers épisodes avec la municipalité et l’intervention du Pasteur – député de la constituante, Jeanbon-saint-andré.

En 1873, un bâtiment est construit entre le temple et la côte de Sapiac, avec école, bureaux, appartements.
Dernier épisode mouvementé dans l’histoire du temple: en 1993, un affaissement dans le sous sol oblige à la fermeture provisoire de l’édifice et au démontage de l’orgeu. La consolidation de la tribune terminée, l(orgue put reprendre sa place après restauration à Pentecôte 1999.

 

Les Cathares – Article de La Dépêche du 10/09/2012 -

Le 8 septembre 1212, prenait fin le siège de Moissac par Simon de Montfort lors de la croisade contre les Albigeois.  « La cançon de la crosada », c’est le poème de 9578 vers, écrit par deux auteurs au début du XIIIème siècle, qui demeure une source précieuse de données historiques. …… un des deux chroniqueurs moyenâgeux décrit le siège de Moissac, ville hérétique, qui prit fin le 8 septembre 2012, il y a 800 ans…… « hier, après huit jours de siège, Moissac est tombé sous les coups de boutoir des croisés. Le sang à coulé, mais les boulets des troupes de Simon de Montfort ont eu raison des remparts d’une ville qui avait affiché son soutien à l’un de ses deux seigneurs en paréage. Moissac avait pris le parti du Comte de Toulouse, Raymond VI, trop bienveillant avec le catharisme, au mépris de l’autre seigneur, l’abbé moine, qui avait déguerpi. Mais les incantatoins de ce dernier ont donné la vigueur qu’il fallait pour ouvrir une nouvelle brêche dans les rangs de ceux qui ont suivi ce que Rome appelle l’hérésie …..Moissac, cette ville avait son lot de cathares, mais aussi de Vaudois, eux qui avaient le malheur de se croire meilleurs chrétiens ….;

 

 

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Dauna Floguez
  • Mère instruis !

    6 février 2012, 21:24 · Il n’y a que la Femme qui peut dire Non ! ……R…
  • Naïve, moi ?!

    6 février 2013, 09:55 · Naïve me dit-on ? Je m’inscris sur une ligne politique comme…
  • Thouraya Hamdaoui – Première rencontre

    Juin 2012 ……… suite   Il faut tout un village pour que grandisse un…
Charger d'autres écrits dans Roman
Les commentaires sont fermés.

Consulter aussi

Lecture mathématique

Le partage est une notion très abstraite, il est utile de savoir lire et écrire, dire : Co…